Réalisateur : Gérard CORBIAU
Année : 2000/ Francais / 2h09mn
Genre : Comédie Dramatique

Acteurs : Benoit MAGIMEL, Boris TERRAL, Tcheky KARYO, Colette EMMANUELLE, Cecile BOIS, Claire KEIM, Johan LEYSEN

Histoire

Sur un fond historique et musical, les relations de Louis XIV avec Molière et Lully...

Avis d'Alexandre

Le réalisateur belge Gérard Corbiau signe ici un fort beau film musical (après "Le Maître de Musique" et "Farinelli"). Peu de films aujourd'hui ont une telle esthétique et un tel style. Les films à costume ces dernières années se sont multipliés en France, sans doute après le grand succès critique et public de "Cyrano de Bergerac" de Rappeneau.
Ici, pourtant, avec LE ROI DANSE, Corbiau explose un peu l'esthétique à laquelle nous avions été habitués ces derniers temps. Corbiau, ambitieux, recherche un style bien trempé, flamboyant, et non "tape à l'oeil". Ce n'est pas tant les "effets" qui gouvernent dans ce film, mais l'envie sincère et puissante de trouver toute la passion, l'excès, la révolte et la furie de Lully, compositeur de Louis XIV, le roi soleil.
Interprété par la révélation de l'année 2000, Boris Terral, Jean-Baptiste Lully était un arriviste au service de son roi, qui aimait son roi pour l'immortalité qu'il pouvait lui apporter. Boris Terral est un jeune acteur brillant, très généreux et intelligent (c'est rare pour être signalé) qui à mon avis va faire une splendide carrière internationale. Il joue ici Lully, ce musicien italien à la double sexualité dont l'ambiguïté et l'ambition sont bien restituées dans ce film de Corbiau (cinéaste hanté par la musique et le thème du double). Un des intérêts de ce film, c'est donc la mise en lumière de ce Lully finalement peu connu du grand public, qui joua pourtant un rôle important à la cour du roi, lors des cours de danse (Louis XIV était danseur), des représentations théâtrales, et aussi lors des activités quotidiennes du roi (promenades, amour...etc). Une vie mis en scène par la musique et souvent pour la musique.
LE ROI DANSE est en ce sens un film intéressant d'un point de vue historique et musical (traitement sublime de la musique baroque que même ses détracteurs trouveront ici attrayante), mais également d'un point de vue politique. La politique des rapports de force entre le pouvoir et les artistes. Le film de Corbiau montre particulièrement bien un phénomène plus que jamais d'actualité : l'émulation inter-artistique (Lully était à la fois ami et ennemi de Molière), les compromis à faire avec les décideurs, et le pouvoir de l'art sur ces mêmes décideurs. Liens forts ici superbement dépeints. Un film radicalement essentiel et puissant à découvrir pour se rappeler que le lien entre la musique et le cinéma, est peut-être et sûrement la danse, ce remuement des corps, ce remuement des pensées.

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