Réalisateur : Philip KAUFMAN
Année :2000 / Américain / 2h04
Genre : Comédie Dramatique

Acteurs : Geoffrey RUSH, Kate WINSLET, Joaquin PHOENIX, Michael CAINE

Histoire

Sade, enfermé, mène une vie tranquille à l'asile de Charenton en continuant à écrire ses publications. Mais l'arrivée d'un docteur risque de changer la donne...

Avis de Juno Skyne

"The story of the Marquis de Sade", nous clame fièrement la bande-annonce, véhicule promotionnel inespéré pour ce genre de pseudo-film "intello en costumes", perçu comme confidentiel aux Etats-Unis, qui croit qu'il va innover juste parce qu'il est réalisé par un metteur en scène à réputation sulfureuse, Philip Kaufman (Henry & June, avec Fred Ward, Uma Thurman et Maria de Medeiros), interprété par un oscarisé (Geoffrey Rush, pour Shakespeare in love) et par de jeunes comédiens ayant soi-disant fait leur preuves dans des oeuvres qu'il convient de reconnaître comme de qualité (Titanic pour Winslet, Gladiator pour Phoenix).
Et roule ma poule: le marquis de Sade, libidineux et cynique comme il se doit, est enfermé à la fin de sa vie à Charenton, asile dont la caricature rend hilare dès les premières images (Phoenix jouant à la baballe avec ses pensionnaires) et rassemblant une ribambelle de marginaux qui semblent tous s'être faits refouler du plateau de Vol au-dessus d'un nid de coucous. Mais voilà: le divin marquis, qui a la confiance de l'abbé (Phoenix, donc... aïaïaïaïe) continue d'écrire et de publier ses écrits qui seraient, au vu du film, l'équivalent de nos SAS contemporains. Vision un tantinet réductrice s'il en est, plombée par l'apport d'un rôle inutile, celui d'une lingère dont l'unique fonction est de servir d'intermédiaire entre Sade et l'extérieur et d'afficher des vélléités émancipatrices qu'on essaie de nous faire passer pataudement pour de l'analyse psychologique. Arrive le docteur Royer-Collard (Michael Caine, grand vainqueur du concours de cabotinage), homme de science vraisemblablement plus déjanté encore que ceux qu'il est censé soigner. Adepte des tortures dans la grande tradition de La Famille Addams, il prend Sade en grippe et l'abbé sous son aile. Après cinquante scènes où il ne se passe rien et à la suite d'un n'importe quoi scénaristique pudiquement appelé "rebondissement", Kate finit crevée, Joaquin est à enfermer, Geoffrey et lessivé et Michael est satisfait. Nous, pas.
Premièrement parce que cette adaptation romancée de la vie du bonhomme n'a rien de particulièrement transcendant et préfère à l'originalité forcée le ron-ron chaotique d'un histoire par trop linéaire et d'une réalisation académique. En fait, le cheval de bataille du film serait la liberté d'expression et l'introduction à la philosophie sadienne. Intention louable, mais cette dernière est expédiée en deux répliques via un discours trop lourdement démonstratif et sacrifiée au détriment de détails inutilement croustillants. Quant à la liberté d'expression, elle est abordée avec les gros sabots de rigueur: le fait que le marquis soit pourchassé pour ses écrits est une réalité, mais la façon dont il s'y soustrait peut être subodorée vingt ans à l'avance et n'est que pure convention (on lui retire son papier, il écrit sur ses draps; on lui retire ses draps, il écrit sur ses vêtements et ainsi de suite). Des erreurs en grande partie rattrapées par l'impeccable interprétation de Geoffrey Rush.
Deuxièment, le scénario est adapté par son auteur lui-même de sa pièce de théâtre, laquelle se déroulait principalement en huis-clos. Inévitablement, la transposition filmée en souffre beaucoup, condamnée à circonscrire son action dans la chambre du marquis, lieu où Kaufman ne semble plus savoir mettre sa caméra tant elle en inspecte tous les recoins. Les scènes d'extérieur, peu nombreuses, se résument à des décors cheaps et à des paysages impersonnels. Paresseuse, statique, l'intrigue n'en finit plus de finir et en rajoute des tonnes dans la benoîte contemplation de personnages peu consistants. Celui du prêtre, tout particulièrement, pue à cent lieues le mépris des jeunes protestants américains, au service de l'image assassine qui est donnée de l'Eglise et de ses représentants: acédie, syndrôme "Les oiseaux se cachent pour mourir" et autres plaies, le tout assaisonné d'un charmante tendance à la nécrophilie et au sadomasochisme dur, pratiqués sur des airs à la Tchaïkovski -lequel n'a pas écrit "Casse-Noisettes" pour rien. Il faut dire que la prestation quasi-autiste de Phoenix ne sert pas le personnage, dont la médiocrité affichée confine à l'abject.
Enfin, il est pénible de constater chez le réalisateur un goût, que dis-je, une passion, pour le sordide et l'écoeurement. Un tel sujet résonne, dirait-on, comme l'exutoire parfait à une vomissement d'à peu près toutes les abominations et misères humaines. A la perversité sadienne de départ s'ajoute une complaisance artificielle à se vautrer dans les tréfonds de l'âme humaine, mal masquée par un puritanisme faussement provoc' tout américain, dont le comble du subversif visuel autorisé est le gros plan des effets d'une fellation sur l'expression faciale d'un jeune architecte. En ce qui nous concerne, nous ne pousserons pas le vice jusqu'à nous en infliger davantage.
En deux mots: complaisante, baignant dans un sordide des plus tape-à-l'oeil et des plus hypocrites, une biopic fort laborieuse sur un personnage pourtant délicat à traiter. Contrairement à la majorité des acteurs, les meubles jouent bien.

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