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Avis
de Juno Skyne
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"The
story of the Marquis de Sade", nous clame fièrement la bande-annonce,
véhicule promotionnel inespéré pour ce genre de pseudo-film "intello
en costumes", perçu comme confidentiel aux Etats-Unis, qui croit qu'il
va innover juste parce qu'il est réalisé par un metteur en scène à
réputation sulfureuse, Philip Kaufman (Henry & June, avec Fred Ward,
Uma Thurman et Maria de Medeiros), interprété par un oscarisé (Geoffrey
Rush, pour Shakespeare in love) et par de jeunes comédiens ayant soi-disant
fait leur preuves dans des oeuvres qu'il convient de reconnaître comme
de qualité (Titanic pour Winslet, Gladiator pour Phoenix).
Et roule ma poule: le marquis de Sade, libidineux et cynique comme
il se doit, est enfermé à la fin de sa vie à Charenton, asile dont
la caricature rend hilare dès les premières images (Phoenix jouant
à la baballe avec ses pensionnaires) et rassemblant une ribambelle
de marginaux qui semblent tous s'être faits refouler du plateau de
Vol au-dessus d'un nid de coucous. Mais voilà: le divin marquis, qui
a la confiance de l'abbé (Phoenix, donc... aïaïaïaïe) continue d'écrire
et de publier ses écrits qui seraient, au vu du film, l'équivalent
de nos SAS contemporains. Vision un tantinet réductrice s'il en est,
plombée par l'apport d'un rôle inutile, celui d'une lingère dont l'unique
fonction est de servir d'intermédiaire entre Sade et l'extérieur et
d'afficher des vélléités émancipatrices qu'on essaie de nous faire
passer pataudement pour de l'analyse psychologique. Arrive le docteur
Royer-Collard (Michael Caine, grand vainqueur du concours de cabotinage),
homme de science vraisemblablement plus déjanté encore que ceux qu'il
est censé soigner. Adepte des tortures dans la grande tradition de
La Famille Addams, il prend Sade en grippe et l'abbé sous son aile.
Après cinquante scènes où il ne se passe rien et à la suite d'un n'importe
quoi scénaristique pudiquement appelé "rebondissement", Kate finit
crevée, Joaquin est à enfermer, Geoffrey et lessivé et Michael est
satisfait. Nous, pas.
Premièrement parce que cette adaptation romancée de la vie du bonhomme
n'a rien de particulièrement transcendant et préfère à l'originalité
forcée le ron-ron chaotique d'un histoire par trop linéaire et d'une
réalisation académique. En fait, le cheval de bataille du film serait
la liberté d'expression et l'introduction à la philosophie sadienne.
Intention louable, mais cette dernière est expédiée en deux répliques
via un discours trop lourdement démonstratif et sacrifiée au détriment
de détails inutilement croustillants. Quant à la liberté d'expression,
elle est abordée avec les gros sabots de rigueur: le fait que le marquis
soit pourchassé pour ses écrits est une réalité, mais la façon dont
il s'y soustrait peut être subodorée vingt ans à l'avance et n'est
que pure convention (on lui retire son papier, il écrit sur ses draps;
on lui retire ses draps, il écrit sur ses vêtements et ainsi de suite).
Des erreurs en grande partie rattrapées par l'impeccable interprétation
de Geoffrey Rush.
Deuxièment, le scénario est adapté par son auteur lui-même de sa pièce
de théâtre, laquelle se déroulait principalement en huis-clos. Inévitablement,
la transposition filmée en souffre beaucoup, condamnée à circonscrire
son action dans la chambre du marquis, lieu où Kaufman ne semble plus
savoir mettre sa caméra tant elle en inspecte tous les recoins. Les
scènes d'extérieur, peu nombreuses, se résument à des décors cheaps
et à des paysages impersonnels. Paresseuse, statique, l'intrigue n'en
finit plus de finir et en rajoute des tonnes dans la benoîte contemplation
de personnages peu consistants. Celui du prêtre, tout particulièrement,
pue à cent lieues le mépris des jeunes protestants américains, au
service de l'image assassine qui est donnée de l'Eglise et de ses
représentants: acédie, syndrôme "Les oiseaux se cachent pour mourir"
et autres plaies, le tout assaisonné d'un charmante tendance à la
nécrophilie et au sadomasochisme dur, pratiqués sur des airs à la
Tchaïkovski -lequel n'a pas écrit "Casse-Noisettes" pour rien. Il
faut dire que la prestation quasi-autiste de Phoenix ne sert pas le
personnage, dont la médiocrité affichée confine à l'abject.
Enfin, il est pénible de constater chez le réalisateur un goût, que
dis-je, une passion, pour le sordide et l'écoeurement. Un tel sujet
résonne, dirait-on, comme l'exutoire parfait à une vomissement d'à
peu près toutes les abominations et misères humaines. A la perversité
sadienne de départ s'ajoute une complaisance artificielle à se vautrer
dans les tréfonds de l'âme humaine, mal masquée par un puritanisme
faussement provoc' tout américain, dont le comble du subversif visuel
autorisé est le gros plan des effets d'une fellation sur l'expression
faciale d'un jeune architecte. En ce qui nous concerne, nous ne pousserons
pas le vice jusqu'à nous en infliger davantage.
En deux mots: complaisante, baignant dans un sordide des plus tape-à-l'oeil
et des plus hypocrites, une biopic fort laborieuse sur un personnage
pourtant délicat à traiter. Contrairement à la majorité des acteurs,
les meubles jouent bien.
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