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Avis
de Juno Skyne
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A la
rencontre de Forrester fait partie de ces "films d'initation" si chers
à nos coeurs (rires) et particulièrement à Gus Van Sant (Will Hunting).
Ce très bon metteur en scène (jetez-vous sur son Prête à tout, avec
Nicole Kidman, Matt Dillon et Joaquin Phoenix, ou encore sur Psycho,
très bon remake hitchcockien -non ce n'est pas un oxymore- avec Vince
Vaughn, Julianne Moore, Viggo Mortensen, Anne Heche et William H.
Macy) se lance ici dans un cinéma de prestige assez inattendu de sa
part: le casting est composé de Sean Connery et de deux Oscarisés:
Anna Paquin et F.Murray Abraham.
A la rencontre de Forrester, c'est d'abord l'histoire d'un jeune homme
noir, Jamal, qui, surdoué du basket et des cours de littérature, entre
en contact avec Forrester, vieil écrivain reclus et un brin misanthrope.
Entre le vieillard et le jeune homme se nouent une relation amicale...
blablabla, vous connaissez la chanson.
Gus Van Sant est un excellent réalisateur et le moins qu'on puisse
dire est que cela sa voit: ce thème déjà-vu on ne sait combien de
fois est pratiquement exactement le même que celui de son avant-dernier
film, Will Hunting, où Robin Williams serait remplacé par Sean Connery
et Matt Damon par Robert Brown.
Ici, donc on ne peut compter ni sur un sujet casse-gueule ni sur un
Sean Connery dont le dentier, à l'entendre parler, n'a toujours pas
été détartré et dont le cynisme "brave coeur dans un corps de vieux
bougon" n'est encore susceptible de tromper que la plus crétine des
spectatrices d' "Exclusif - ce soir". Par ailleurs, le scénario comporte
bon nombre de bourdes, (les petits génies très intelligents mais sympas,
le jeune WASP rival de Jamal, les huis-clos statiques et ennuyeux),
dont une, particulièrement embêtante, consiste à égréner une succession
de dialogues assez vides de sens et surtout bien trop inaboutis sur
la philosophie propre au vieux hibou et à son disciple, de sorte que
le tout ne laisse échapper qu'une vague rumeur de ce que le fond intellectuel
du film aurait pu être. Mais Gus Van Sant a une sacrée expérience
et se rattrape haut-la-main, particulièrement lorsqu'il s'agit de
décrire l'ambiance, la chaleur et la vie dans le Bronx de ces jeunes
Noirs (encore faudrait-il que Busta Rhymes soit moins caricatural),
avec notamment une séquence d'ouverture assez enchanteresse. Il est
bien plus à l'aise, paradoxalement, en extérieur qu'en intérieur:
les errances, les doutes, les transports des personnages hors du bouge
infâme dans lequel se complaît ledit Forrester sont remarquablement
bien filmés et il n'y a pas une minute où leur psychologie, leur paroles
ou leur attitudes ne soient en totale harmonie avec l'environnement
qui les entoure.
Et cela d'autant plus que ce petit film recèle un véritable trésor,
autrement plus précieux que la banale histoire d'une réussite sociale:
F.Murray Abraham et Anna Paquin, respectivement le prof d'université
sceptique et l'espiègle mais gentille riche petite camarade, n'ont
pas perdu un iota du talent qui leur avait valu la suprême récompense:
dès qu'ils y apparaissent, ils vampent l'écran et le soumettent à
leur rayonnante présence. Mais la révélation du film s'appelle Robert
Brown,pour la première fois à l'écran et qui irradie vraiment quelque
chose de rare, d'unique. Face à lui, les guests-stars de luxe les
plus expérimentées font piètre figure (Matt Damon en une apparition
totalement injustifiée). Ce petit-là a tout pour rejoindre un jour
Anna et F.Murray au panthéon des véritables stars. Ce n'est surtout
pas nous qui allons nous en plaindre.
En deux mots: une histoire de quête initiatique assez bien ficelée
mais peu originale. Mais il y ce trio d'acteurs brut de décoffrage,
inattendu, infaillible et tranchant.
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